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Tékitoi ? Adrien Blachère – Digital Image Technician

Paragraphe 

Le Tékitoi est une rubrique dans laquelle vous découvrez rapidement mais efficacement un corps de métier de l’audiovisuel. 

DIT pour Digital Image Technician est un métier très récent qui est apparu avec l’arrivée massive des caméras numériques dans le milieu du cinéma. Il est la réponse à la transition entre caméra traditionnelle en pellicule et caméra numérique. C’est un métier assez peu connu qui ne dispose pas encore de formation à proprement parlé dans les grandes écoles et qui se structure peu à peu. Nous avons rencontré Adrien Blachère, DIT depuis 5 ans sur différentes expériences de longs métrages (entre autres “La promesse de l’aube” de Eric Barbier avec Charlotte Gainsbourg et Pierre Niney – “Marguerite” de Xavier Giannoli avec Catherine Frot – “La résistance de l’air” de Fred Grivois avec Reda Kateb, Ludivine Sagnier, Tchéky Karyo – “Connasse” de Eloïse Lang/Noémie Saglio avec Camille Cottin, cf IMDB) et associé chez Colorbox qui propose des solutions “matériel” pour ce nouvel univers technique.

Adrien, pour commencer pourrais-tu nous résumer ton métier ? 

Le DIT assure une cohérence colorimétrique en prenant en compte les souhaits de direction artistique du Chef opérateur.

On travaille un étalonnage dès la préparation en amont du tournage, le but étant de respecter ses choix jusqu’à l’étalonnage définitif du film. On transmet ses volontés artistiques en terme de contrastes, de couleurs, du premier jour de tournage jusqu’à la post-production.

C’est un gain de temps et surtout une manière de partir sur une même base de travail pour tout le monde. On peut filmer une scène à éclairages équivalents avec des étalonnages complètement différents. C’est une base de travail commune entre tous les départements créatifs (déco, maquillage, costume…). On va tenter de s’approcher au plus près du résultat final ce qui va permettre aussi de faire des choix de productions et de captations qui peuvent être totalement différents. Il y a une sorte d’accord global entre le Chef opérateur et le Réalisateur sur une direction à suivre, sur un type d’image, on va pouvoir dire “ok cette image elle est à 90% l’image qui va ressortir à l’étalonnage définitif”. Donc si on a un rouge de maquillage qui ne va pas, on va le changer au tournage sinon il ressortira énormément en post-production. Et ça c’est valable pour tout, pour les costumes, pour le maquillage, pour la déco, pour la lumière… C’est une façon de se dire qu’on travaille dans un certain environnement colorimétrique. Ce qu’on voit sur le plateau, c’est ce qu’on verra en post-production. Ce sont des choses qui ont été vues bien en amont. On va utiliser des LUT* (Look-Up Table) sur le tournage qui auront été créées pour le film à la suite d’essais maquillages ou d’essais costumes. On a d’un côté les données (les rushes ou négatifs numériques) souvent en .log (c’est une image qui a besoin d’être linéarisée) et de l’autre les métadonnées (il y en a de toutes sortes, information de focale, de couleur, de durée…). Les rushes ne sont pas lisibles sans la couche de métadonnées. Les métadonnées, concernant les couleurs par exemple, c’est la LUT (dans laquelle il y a une conversion d’espace colorimétrique) qui va être associée à des CDL* (Color Decision List) qui donne une base de travail, une direction artistique et colorimétrique de ce que l’on voudrait voir à l’image en post-production. Ca c’est un workflow* parmi d’autres, celui-ci c’est le plus générique. Un workflow LUT/CDL/JPEG c‘est le plus standard, cela permet de bien voir l’image et son résultat. Souvent il y a une LUT, une CDL et un JPEG par plan sachant qu’il y a environ 20 plans par jour en fiction.

Peux-tu nous parler d’un de tes derniers projets?  

C’était pour la Saison 2 de la série “Patriot” de Steven Conrad (avec Michael Dorman, Kurtwood Smith, Kathleen Munroe, Terry O’Quinn…) qui a été éclairé par le même Chef opérateur que la Saison 1 “James Withaker”, il souhaitait des ambiances différentes car c’est une série d’espionnage qui se passe dans plusieurs pays et à plusieurs époques. Il voulait des “looks” différents pour chacune de ces périodes. Il y en avaient déjà des existants grâce à la Saison 1. On en a créé d’autres car il y avaient des nouveaux lieux, des nouvelles époques. C’était un projet intéressant car on a créé des “looks” vraiment différents dans plusieurs univers. Cela concerne donc plutôt la partie artistique. 

Après il y a une partie un peu plus mécanique qui va être de raccorder des images entre elles, de raccorder un champ contre-champ, de raccorder une séquence avec une autre. Il y a aussi toute la partie interface avec les assistants caméras, pour la gestion des filtres, la balance des blancs, la question des focales…

Et cela toujours avec la notion de workflow, très présente en DIT,  pour s’assurer que toutes les intentions artistiques qui sont travaillées dès le tournage, perdurent bien jusqu’à l’étalonnage définitif. Pour que le réalisateur, le monteur, les gens aux effets spéciaux, et que l’étalonneur définitif aient bien toutes ces images et qu’on parle bien de la même image tout au long des mois qui vont suivre le tournage.

D’autant plus important dans le cas ci-présent car c’est un tournage américain qui est venu tourner en France, et toute la partie post-production avait lieu aux Etats-Unis. C’est-à-dire qu’après le tournage et le montage, le Chef opérateur est retourné à Los-Angeles et après le montage il a commencé l’étalonnage avec la base de travail qu’on avait faite pendant le tournage. Il est reparti d’une grosse direction déjà faite sur le plateau. C’est intéressant que ce travail là soit conservé, qu’il n’ait pas tout à recommencer de zéro, que chaque “look” soit attribué à chaque séquence et que la continuité colorimétrique soit bien préservée.

Tu as également créé une société “Colorbox” avec d’autres associés pour répondre à cette nouvelle demande, peux-tu nous en parler rapidement ? 

Oui, nous avons créé la boite avec un 1er Assistant caméra, Michel Galtier, puis nous a rejoint deux ans plus tard un étalonneur avec un parcours de post-production, Jimmy Christophe.

A nous trois, nous concevons des solutions performantes et adaptées aux tournages, qu’il s’agisse de publicité, de cinéma, de séries télé ou de documentaires. Nous sommes capables de répondre à des besoins “on set”, autrement dit sur le plateau au plus près des équipes. Cela permet aux différents corps de métiers d’interagir et surtout de réagir très rapidement. Chacune de nos solutions ont des performances différentes, nous pouvons répondre aux besoins d’un documentaire avec une seule unité de tournage jusqu’à la série gros budget avec quatre unités de tournage. Tout est détaillé sur notre site, il ne faut surtout pas hésiter à le visiter. 

Quel parcours as-tu effectué pour en arriver à ton métier actuel?

BTS Informatique option réseaux à l’École CTI à Lyon

BTS audiovisuel option montage, en alternance, au Puy-en-Velay/Chalon sur Saône

Formations continues “Assistant caméra” et “La lumière en film et en HD” à l’École Louis Lumière à Saint Denis

Parcours en résumé très “technique”

Expériences professionnelles : 

    • Alternance pendant le BTS audiovisuel à Nicéphore Cité à Chalon-sur-Saône.
    • 2nd puis 1er Assistant caméra sur des tournages de courts-métrages, de clips, de publicités.
    • Plateaux de longs métrages/Fiction de 2010 à 2012 en tant qu’Assistant caméra.  L’Assistant caméra gère toute la partie technique et logistique de la caméra, surtout sur les longs-métrages. C’est l’interface avec le loueur de matériel, il prépare la configuration et s’occupe de la mise en conformité de la caméra. En terme de projet c’est lui qui va vérifier le bon format, le bon ratio, les bons réglages de la caméra. Il y a ensuite toute une partie accessoirisation de la caméra, vérifier la bonne compatibilité et ajuster ses équipements supplémentaires. Pour le 1er Assistant caméra il y a également le travail du  “point” et s’assurer que les plans soit nettes. Et pour le 2nd Assistant caméra ce sera plutôt la gestion des batteries, des filtres, des rapports image. C’est beaucoup de travail. C’est un apprentissage complet de la partie caméra, c’est-à-dire tout ce qui se passe à l’intérieur d’une caméra. On est garant du bon fonctionnement et de tout l’écosystème de la caméra.
    • Puis de 2012 à 2015 Data Manager : c’est celui qui va s’occuper dans un 1er temps de la sécurisation des rushes, les sauvegardes sur différents supports en fonction des demandes de la production et des demandes du diffuseur. Puis dans un 2nd temps selon la technologie de la caméra, il y a la gestion de la rotation des magasins de pellicule, la nomenclature des bobines, les allers-retours des disques navettes entre le plateau et le laboratoire, la gestion des rapports media, etc. Une espèce de maillon entre les départements scripte, Assistant caméra et le laboratoire. Il va venir superviser et sécuriser la gestion des rushes tout au long du tournage.
    • Et enfin de 2015 à 2020 DIT pour Digital Image Technician.
    • En 2015 création de la société Colorbox : http://www.colorbox.pro/
  •  

*LUT : Look-Up Table. Les LUT sont des tables de conversion d’un signal vidéo. Cela permet de convertir une image FLAT en un signal prédéfini en agissant sur les corrections primaires de l’image. Cela permet de s’approcher au plus près du signal final voulu en étalonnage depuis l’image FLAT générée sur le plateau. 

*CDL : Color Decision List. C’est un format standard d’échange d’informations sur l’étalonnage des couleurs primaires entre les logiciels de différents fabricants. 

*Workflow : Ou “flux opérationnel” en français, est la représentation d’une suite de tâches effectuées par une personne ou un organisme. C’est l’idée de renvoie d’une étape à l’autre.

On se suit ?